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flècheExtrait du Réseau Canadien pour La Pauvreté des Femmes

Une réalité inadmissible : la pauvreté au Canada enfin dénoncée

par Jacquie Ackerly

Pendant des années, on a fermé les yeux sur la triste vérité de la pauvreté au Canada. Les militantes et militants anti-pauvreté ont fait des représentations à tous les paliers de gouvernement et on ne les a tout simplement pas écoutés. Puis ils se sont rendus à l'Organisation des Nations Unies à Genève, en des lieux où le faste transpire de chaque mur de marbre, et ont enfin été entendus.

Il nous apparaît évident, à nous qui travaillons contre la pauvreté depuis maintenant plus d'une décennie, que nos gouvernements, que ce soit au palier fédéral, provincial ou territorial, n'ont pas seulement cessé de travailler à assurer les pleins droits économiques pour tous les citoyens, mais sont en fait occupés à démanteler le filet de sécurité sociale au pays.

 

Les droits garantis par le défunt Régime d'assistance publique du Canada incluaient:

  • le droit à des prestations d'aide sociale suffisantes en cas de besoin
  • le droit de ne pas avoir à travailler pour obtenir des prestations
  • le droit d'en appeler d'une décision concernant son dossier d'aide sociale

 

Nous ne sommes pas restés silencieux.

Nous avons rencontré des représentants des gouvernements; nous avons présenté d'innombrables propositions à ces derniers, publié des lettres dans les journaux, tenu des conférences de presse et organisé des manifestations.

Le démantèlement se poursuit; on jette le discrédit sur nous en mettant en doute nos intentions, en disant que nous sommes mal informés et ne sommes qu'un groupe d'intérêt parmi d'autres. Pendant ce temps, le nombre de sans-abris augmente partout autour de nous.

Il y a maintenant plus de banques alimentaires que de restaurants McDonald; un enfant sur cinq vit dans la pauvreté.

Je me suis rendue à Genève afin de présenter un dossier devant un comité de l'ONU au nom de l'Organisation nationale anti-pauvreté (ONAP), tout comme les représentants de huit autres organismes non-gouvernementaux canadiens.

Dans mon rapport à l'ONU, j'ai fait état entre autres de questions telles que l'élimination du Régime d'assistance publique du Canada, la hausse des frais de scolarité et le pillage des fonds de l'assurance-emploi. J'ai aussi parlé de l'absence de droits humains destinés à protéger les pauvres, ainsi que de l'attitude tolérante du gouvernement envers ceux qui dénigrent les pauvres.

Les autres Canadiens présents ont parlé des conditions dans lesquelles vivent les populations autochtones, du traitement des réfugiés, de la situation des sans-abris et des répercussions qu'entraînent les accords de commerce international tels que l'AMI et l'ALENA sur la capacité du Canada à mettre sur pied des programmes sociaux.

"Vouloir éliminer le déficit budgétaire est une chose, mais y arriver par la voie d'une réforme préjudiciable et inhumaine comme celle qui se déroule présentement en est une autre", a commenté Mahmoud Ahmed, membre du comité, lorsque les représentants du gouvernement canadien ont fait valoir que c'était la lutte au déficit qui expliquait les compressions dans les programmes sociaux tels que la santé et l'éducation.

"Le Canada est reconnu comme étant un des pays les plus riches au monde, un pays qui de surcroît est membre du G-7; alors pourquoi faire souffrir tant de gens inutilement?"

Les membres du comité ont également fait subir un interrogatoire serré aux représentants du gouvernement canadien, portant sur l'annulation du Régime d'assistance publique du Canada et sur l'élimination des droits qui y étaient associés.

Après qu'ils eurent maintes fois répété que le Régime d'assistance publique n'avait jamais garanti quelque droit que ce soit, une autre membre du comité onusien, Virginia Dan-Dan, s'est fondé sur des rapports faisant la preuve contraire pour demander aux représentants du gouvernement canadien : "Est-ce que vous mentiez alors, ou est-ce maintenant que vous mentez?"

Nous avions peine à rester coits en écoutant les représentants du gouvernement éviter de répondre aux questions qui leur étaient posées, donner des réponses fallacieuses et s'expliquer en avançant que "des études étaient en voie d'être réalisées" et que "des négotiations étaient en cours". Nous avons cependant éprouvé une grande satisfaction à la suite de cette expérience, lorsque les conclusions du comité ont été rendues publiques au début du mois de décembre dernier.

Jacquie Ackerly est deuxième vice-présidente de l'Organisation nationale anti-pauvreté.

Organisation nationale anti-pauvreté
325 rue Dalhousie, bureau 440
Ottawa (Ontario) K1N 7G2 Canada
Tél.: (613) 789-0096
Téléc.: (613) 789-0141
www.mapo-onap.ca

Le comité de l'Organisation des Nations Unies sur les droits économiques, sociaux et culturels a publié un rapport décapant dénonçant la conduite du gouvernement canadien au cours des cinq dernières années; il précisait que ce dernier n'avait pas veillé à ce que les droits économiques et sociaux des Canadiennes et Canadiens soient respectés, droits garantis par une convention de l'ONU dont le Canada est un des pays signataires.

Le rapport du comité trace le portrait d'un pays qui ne voit pas au bien-être des citoyens vivant au bas de l'échelle et souligne qu'une situation de "crise" prévaut en ce qui concerne les sans-abris, la montée en flèche de la demande auprès des banques alimentaires, les compressions majeures dans les prestations d'aide sociale et le financement insuffisant des centres d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale.

Le comité a également fortement critiqué le gouvernement fédéral de ne pas avoir donné suite au rapport de la Commission royale d'enquête sur les peuples autochtones.

D'après le Canadian Wire Services


 «Quel est le coût de la pauvreté zéro au Québec?»

par Michel Bernard

Il est possible de calculer le montant de revenu annuel supplémentaire nécessaire au Québec pour éliminer la pauvreté au Québec.

Il est possible de calculer le montant de revenu annuel supplémentaire nécessaire au Québec pour éliminer la pauvreté au Québec.

1) On sait que selon le Conseil National du bien-être social, il aurait fallu 18,6 milliards de revenus annuels en plus en 1997 au Canada pour que personne ne soit sous le seuil de pauvreté (1). La définition du seuil de pauvreté est calculé selon les niveaux de revenu brut à partir desquels les dépenses de nourriture, logement et vêtements représentent une part disproportionnée des dépenses des ménages. La famille moyenne dépense 36,2% de son revenu brut en nourriture, vêtement et logement : les pauvres sont ceux qui dépensent plus de 56,2% à ces mêmes dépenses Par exemple, le seuil de pauvreté est de 16 320$ pour une personne seule et de 32 377$ pour une famille de quatre vivant en ville (2).

2) On sait que le Québec compte 1 472 000 pauvres alors que le Canada en compte 5 121 000 ; cela signifie que 19,5% des pauvres vivent au Québec (1 472 000 5 121 000). Comme 19,5% des pauvres viennent du Québec, cela signifie que quelque 3,6 milliards par année (18,6 milliards x 19,5%) serait l'ordre de grandeur du montant nécessaire à la pauvreté zéro au Québec.

Évidemment, ce calcul n'est pas parfait car rien n'assure que le degré de pauvreté n'est pas plus prononcé au Québec (c'est à dire que les pauvres du Québec sont plus loin sous le seuil que les pauvres des autres provinces) ou qu'il en coûterait plus cher pour sortir quelqu'un de la pauvreté au Québec. Toutefois, c'est un ordre grandeur. Ce calcul est important, car il donne un aperçu du coût brut du revenu de citoyenneté en supplément des programmes actuels. En réalité, le coût net revenu de citoyenneté et la pauvreté zéro serait beaucoup moins car il faut soustraire les effets de la formidable croissance économique dans les biens essentiels et la chute des coûts sociaux que cela entraînerait : l'opération entraînerait probablement un surplus pour ceux qui savent calculer et qui voient plus loin que les comptes courants (3). Donc, si le but du revenu de citoyenneté est la pauvreté zéro, alors c'est environ 3,6 milliards de revenus supplémentaires dirigés vers les pauvres à chaque année qu'il faudrait au Québec.

Voici ce que coûterait la pauvreté zéro pour chacun des groupes sociaux toujours en tenant compte du fait que 19,5% des pauvres viennent du Québec :

flècheCoût de la pauvreté zéro pour des groupes ciblés

 

Au Canada

Au Québec

Hommes âgés de moins de 65 ans

4 milliards

780 millions

Couples âgés de moins de 65 ans - Avec des enfants de moins de 18 ans

3,7 milliards

721 millions

Femmes seules âgées de moins de 65 ans

3,2 milliards

624 millions

Mères seules âgées de moins de 65 ans - Avec enfants de moins de 18 ans

3,2 milliards

624 millions

Couples âgés de moins de 65 ans sans - Enfants de moins de 18 ans

1,5 milliard

293 millions

Femmes seules âgées de 65 ans et plus

875 millions

171 millions

Couples âgés de 65 ans et plus

230 millions

45 millions

Hommes seuls âgés de 65 ans et plus

201 millions

39 millions

Autres

1,7 milliard

332 millions

Total

18,6 milliards

3,6 milliards

Autres données :

Globales

En 1997, le taux de pauvreté était de 17,2% au Canada ( 5 121 000 pauvres sur une population de 29 846 000) (4), 19,6% des enfants sont pauvres (1 384 000 pauvres sur 7 053 000) (5) et 17% des personnes âgées sont pauvres (602 000 pauvres sur 3 545 000) (6). Au Québec il y avait 1 472 000 pauvres soit 20,1% de la population (7).

Femmes

Les plus " badluckées " sont les mères seules. Le taux de pauvreté des mères seules est de 57,1%, il est de 42% chez les femmes seules de 65 ans et plus et de 38,5% chez les femmes seules de moins de 65 ans vient ensuite les hommes seuls avec un taux de 33,4% (8). Les femmes sont plus pauvres que les hommes ; chez les 18 à 24 ans 26,6% des femmes sont pauvres tandis que 20,2% des hommes sont pauvres. Chez les 75 à 84 ans, 25,4% des femmes sont pauvres contre 10,7% pour les hommes. Il est scandaleux de constater que 30,2% des femmes de 85 ans et plus vivent dans la pauvreté (9). Une chance que l'argent ne fait pas le bonheurLes jeunes et les personnes âgées sont plus pauvres que les autres citoyens.

Working poors :

Voici une donnée importante : l'écart entre le taux de pauvreté et le taux de chômage qui était de 3 à 5% depuis vingt ans a dépassé 6% de 1996 à 1997 ce qui prouve que le travail sort de moins en moins le monde de la pauvreté. La différence était de 7% en 1997 (10). Environ 55% des pauvres sont des " working poors ", 21% des chefs de familles pauvres avaient un emploi à temps plein et 35% à temps partiel (11) (pauvres avec travail, ils ne gâchent pas nos belles statistiques de chômage). Vingt et un pour cent des couples pauvres avaient réussi à accumuler à deux de 49 à 52 semaines de travail.

Le travail partiel est insuffisant : les personnes seules qui ont réussi à obtenir de 20 à 29 semaines de travail en 1997 subissent un taux de pauvreté moyen de 51,5%. Les couples qui ont accumulé à deux de 40 à 48 semaines de travail sont demeurés pauvres à 30,3%.

Familles monoparentales :

Il y avait 596 000 mères seules en tout au Canada et le taux de pauvreté y était de 57,1%. Il y a donc 340 000 mères seules pauvres au Canada 12(.

Les jeunes familles sont frappées durement : le taux de pauvreté est de 80,2 % dans une famille ayant une femme seule à sa tête et comptant deux enfants de moins de 7 ans. Les mères seules de moins de 25 ans sont pauvres à 93,3%. Les jeunes couples de moins de 25 ans sont pauvres à 34% ; encourageant de faire des enfants... (13)

Enfants :

Le taux de pauvreté des enfants de moins de 18 ans est de 19,6% au Canada et 20,9% au Québec. Il y avait 1384 000 enfants pauvres au Canada sur un total de 7 053 000 enfants et 343 000 enfants pauvres au Québec en 1997 (14).

Le taux de pauvreté est de 60,5% au Canada pour les enfants de moins de 18 ans élevés par une mère seule (571 000 enfants pauvres dans ces ménages). Il est de 61,1% au Québec (148 000 enfants pauvres dans ces ménages)

Degré de pauvreté.

La sévérité de la pauvreté se mesure par l'écart du revenu par rapport au seuil de pauvreté. Les pires parmi les pauvres sont les hommes seuls de moins de 65 ans qui ne recueillent en moyenne que 54% du seuil de pauvreté. Ils sont suivis de près par les femmes seules qui ne recueillent en moyenne que 55% du seuil. On sait que le taux de pauvreté des mères seules pauvres est de 57,1% ; en plus, ces mères seules pauvres ne récoltaient en moyenne que 61% du seuil, leur pauvreté est sévère.

 flèche
Taux de pauvreté
(% du groupe)
Gravité de la pauvreté
(% du seuil)
Hommes seuls âgés de moins de 65 ans

33,4%

54%

Couples âgés de moins de 65 ans avec des enfants de moins de 18 ans

11,9%

67 %

Femmes seules âgées de moins de 65 ans

38,5%

55%

Mères seules âgées de moins de 65 ans avec enfants de moins de 18 ans

57,1%

61%

Couples âgés de moins de 65 ans sans enfants de moins de 18 ans

10,9 %

61%

Femmes seules âgées de 65 ans et plus

42 %

84%

Couples âgés de 65 ans et plus

7%

83%

Hommes seuls âgés de 65 ans et plus

27,2%

82%

Autrement dit, il y a " seulement " 33,4% des hommes seuls qui sont pauvres, mais ceux qui sont pauvres le sont sévèrement car ils ne récoltent en moyenne que 54% du seuil de pauvreté.

1- CONSEIL NATIONAL DU BIEN-ÊTRE SOCIAL, Profil de la pauvreté, 1997.p. 61
2- CONSEIL NATIONAL DU BIEN-ÊTRE SOCIAL, Profil de la pauvreté, 1997.
3- BERNARD, Michel, CHARTRAND, Michel, Manifeste pour un revenu de citoyenneté, Éditions du ReNouveau Message Québécois, chpt 2.
4- Idem, p. 12
5- Idem, p. 14
6- Idem, p. 16
7- Idem, p. 25
8- Idem, p. 39
9- Idem, p. 40
10- Idem, p. 15
11- Idem, p. 90 et p. 69
12- Idem, p. 20
13- Idem, p. 42
14- Idem, p. 95

 «Comme une grosse secte: la pensée unique au Québec»

par Michel Bernard

La pensée est devenue tellement unidimensionnelle ces dernières années au Québec que l'image qui me vient à l'esprit est celle d'une vaste secte avec ses dogmes, ses textes sacrés, ses transcendances, ses adeptes obnubilés.


DES dogmes comme l'ordre spontané du marché, la supériorité présumée du secteur privé, la justice immanente du marché, l'exaltation de la concurrence, la compression des dépenses publiques, l'idée que le laisser-faire crée un ordre et la déréglementation, la défiscalisation qui s'ensuivent, l'inutilité de l'État et des fonctionnaires accompagnée d'une apologie des entrepreneurs, l'impossibilité de la planification, l'inévitabilité de la précarité de l'emploi, l'anti-syndicalisme, l'idéologie de la technologie et l'informatisation à outrance, l'envahissement par la publicité, etc. La secte sacralise des mots-clés à répéter comme autant d'incantations : mondialisation, fusion, libre-échange, concurrence, déficit zéro, idéologie de la croissance à l'infini, privatisation, virage ambulatoire, rationalisation, subventions, partenariat, télé-marketing, travailleur " autonome ", etc.

La fausse libération.

La modernité prétend avoir libéré l'individu des transcendances, des au-delà. Nous y sommes plus que jamais, car l'ordre spontané du marché est justement une métaphysique. On prétend nous avoir libérés des systèmes politiques volontaristes, des communistes, des socialistes, des sociaux-démocrates qui voulaient imposer à tous " leur " vision du monde, implanter " leur " définition de la vie bonne par le pouvoir de l'État. Or, justement la soumission à l'idéologie du marché entraîne un mimétisme, une pensée unique acritique qui n'a rien à envier au plus beau temps de Mao. L'impuissance de l'individu a simplement changé de forme. Le discours de la pensée unique définit la précarité et la guerre économique de tous contre tous, comme la condition essentielle de l'homme.

La pensée de la libération de l'individu par rapport à l'État n'a plus sa contrepartie : la critique de la subordination de l'individu au pouvoir dictatorial du capital et des compagnies et de leur seule finalité, la recherche du profit maximal en un minimum de temps au détriment des hommes et de la nature. Le profit à court terme devient la grammaire universelle structurant le sens de toute activité humaine. L'ordre du jour qu'on nous impose, c'est celui des 10% qui détiennent 70% des actifs financiers du genre actions et obligations et celui de l'aristocratie des 1% qui en détiennent 40% (1). L'indice Toronto Stock Exchange a augmenté de 75% de 1995 à 1998. Le capital des compagnies canadiennes a obtenu un rendement de 16,2% en 1997. Pendant ce temps, de 1983 à 1997, les gains hebdomadaires moyens des travailleurs salariés québécois ont chuté de 595$ à 566$ en termes réels.

Évidemment, c'est une vieille règle en communication, plus une opinion semble partagée, plus elle a une force d'attraction et plus facilement le public s'y ralliera. Ceux qui sont indécis ou ceux qui n'ont pas le temps de s'interroger ont un moyen économe de se faire une idée, ils se guident par le nombre de ceux qui semblent partager une opinion. C'est pourquoi, les affairistes veulent contrôler les médias et leur contenu.

Les gourous.

Les médias convoquent toujours les mêmes invités permanents surtout en des périodes cruciales comme les périodes électorales ou lorsque siège des commissions sur la fiscalité, les privatisations, les budgets, etc. On voit alors sortir les associés de Sécor ou de cabinets de comptables comme Côté, Saucier ou Cyrenne, les éditorialistes de droite anti-syndicalistes, anti-nationalistes, anti-État comme Dubuc (2), Picher (3), les vieux libéraux comme Rivest ou Ryan, les administrateurs de compagnies d'assurance comme Castonguay qui prônent la privatisation, les économistes enfermés dans leur paradigme comme Pierre Fortin, ou les économistes de banque comme Bastarache ou Vachon (4), affairistes comme Sirois, les banquiers comme le gros Bérard qui semble être partout, sans parler du Conseil du patronat (5), de l'Alliance des manufacturiers, de tous les présidents de Chambres de commerce, etc.

Tous ces gourous agissent comme un groupe de pression qui veut imposer son acte de foi dans le marché. Les gourous comme ceux du Fraser Institute, font la manchette avec la moindre petite ponte dont les incantations sont répétées sans critique dans les médias, comme leur concept de libération fiscale (6)... La business des sondages est là pour fournir le résultat voulu en tripotant les questions.

 

Un juge suprême infaillible

La doctrine de la secte exige de laisser le marché sanctionner toute activité humaine par son seul critère qui est le profit (profit à court terme d'ailleurs). Évidemment, rien ne prouve que le marché laissé à lui-même conduit à un ordre social mais on ne questionne pas une foi et son paradis. Pourtant, historiquement, le laisser-faire a conduit à la concentration des richesses pour une minorité et à de graves troubles sociaux pour la majorité. Pourquoi devrions-nous maintenant faire confiance aux forces impersonnelles du marché ? Aux États-Unis, depuis la montée du néolibéralisme, la classe moyenne s'est considérablement appauvrie, les pauvres voient leurs filets sociaux tomber et une minorité s'est colossalement enrichie. Les 400 Américains les plus riches se partagent 1000 milliards $ US soit un somme supérieure au PIB de la Chine. Quand les Américains se pètent les brettelles d'une hausse de leur PIB, ils parlent du butin d'une clique de riches et non de l'amélioration du sort de leur 40 millions de pauvres. Le chômage, enfin celui qui est répertorié, est bas mais 20 millions de travailleurs doivent avoir recours aux soupes populaires, tellement leurs revenus sont précaires. Évidemment, pour anesthésier les fidèles, on dira que la pauvreté, les inégalités sont attribuables à la force anonyme et impersonnelle du marché et non au rapport de force du capital. Par prudence toutefois, on prépare un bon gros État police répressif comme celui qui discrètement a conduit 10 millions d'Américains à avoir affaire à la justice, surtout les pauvres, surtout les Noirs.

Dans la secte, l'asservissement, l'acte de foi des adeptes est tel qu'ils ne peuvent plus voir le monde autrement. La secte plâtre les cervelles pour désigner ses ennemis communs : les syndicats qui osent opposer un rapport de force au capital qui osent exiger un sort différent des non syndiqués sans pouvoir du privé, les fonctionnaires boucs émissaires naturels de ceux qui veulent l'État minimal, l'État lui-même qui ose encore réglementer le laisser-faire, l'environnement, le travail. Un pousseux de rondelles qui s'exprime avec peine, un président de compagnie de bière peut gagner autant que 100 professeurs ou 200 infirmières, le coût du pétrole peut monter de 25% en une nuit, les frais bancaires peuvent exploser en choeur, c'est justice, c'est privé, c'est le marché. C'est le marché qui analyse la valeur de ce que chacun a à échanger et il ne se trompe jamais. Surtout, il n'y a pas de collusion chez les banques et les pétrolières ; il n'y en avait pas non plus dans les compagnies pharmaceutiques jusqu'à ce que l'on prouve qu'elles s'entendaient depuis des décennies pour fixer le prix élevé des vitamines

La réflexion par l'imitation

Les péquistes ont volé la droite aux libéraux qui se tassent encore plus à droite. Ceux qui se sont fait élire pour représenter une volonté politique, pour porter nos projets sociaux nous disent : " il faut s'adapter à l'ordre du marché. " Le Québec n'a plus qu'un projet d'imitation. Au sommet de 1996 sur l'emploi, Bouchard a lancé : " il faut s'adapter " ; s'adapter aux États-Unis, à l'Alberta, à l'Ontario (7). Toute une souveraineté pour un peuple. C'est devenu une incantation qu'on a marmonné mille fois depuis ce temps : s'adapter, s'adapter, s'adapter. À quoi pensez-vous que le sommet sur la jeunesse servira ? Un exercice de manipulation.

Bernard Landry (8), qui pourtant vante le fonctionnement spontané de l'économie de marché, qui parle comme un livre d'introduction à l'économie, dit qu'il n'a pas le choix de garrocher l'argent du peuple aux compagnies qui menacent d'aller s'installer ailleurs. C'est bizarre, les cadeaux de l'État, quand ils sont dirigés vers les compagnies, ne troublent pas la merveilleuse sanction de l'excellence par le marché, ils ne détraquent pas alors la machine économique qui est présumée fonctionner seulement si on la laisse faire. Il déclare : " Mais parfois, il faut aider la nature à cause d'une autre loi naturelle, la concurrence. Il y a d'autres villes d'Amérique du Nord qui veulent attirer des centres d'appels (9)", " nous n'avons pas le choix, quand les autres pays cesseront de subventionner les compagnies nous pourrons faire de même ". C'est bizarre aussi qu'il parle de lois de la nature pour des constructions humaines, sans doute pour impressionner les citoyens à bon compte par le recours à une transcendance : la " nature ". Paradoxal cliché, quand on sait ce que le principe du profit éclair fait de la nature Pourquoi ne pas être parmi ceux qui commencent justement à dire non au chantage des compagnies plutôt que d'attendre les initiatives des autres ?

Landry était le premier à vanter la mondialisation et le libre-échange : il semble que la créature échappe aux créateurs. Le libre-échange a renforcé le pouvoir du capital maintenant libre de se livrer au plus offrant au mépris des besoins nationaux. L'aventure de Hyundai, GM, Volvo-Novabus et bien d'autres montrent que les entreprises jouent les États les uns contre les autres, encaissent les subventions et déménagent les emplois ailleurs ensuite. Pourquoi est-ce que les politiciens du Québec ne pourraient pas être autre chose que des imitateurs et des porte-queue du capital ? Le peuple Québécois a un destin : imiter le néolibéralisme américain ou concurrencer la fiscalité ontarienne ; merveilleux, on se sent pousser des ailes !

Les saints des saints

Par contre, le système a ses saints, les entrepreneurs, bienfaiteurs qui utilisent à fond le système, mais qui ne sont responsables évidemment d'aucun de ces effets pervers (la force impersonnelle du marché) crème de l'humanité quelque soit ce qu'ils entreprennent et bien que ce soit entendu qu'ils ne poursuivent que leur enrichissement personnel. La secte a son unité de mesure qui correspond à son idéologie: le succès s'évalue en dollars. Les monopoles autrefois qualifiés de dangereux sont maintenant nos plus chers amis dans la nouvelle religion car ils pourront affronter la mondialisation, et patati et patata, les objets du culte néolibéral sont encensés continuellement.

Au Québec, on a pris l'habitude de nous présenter comme solution universelle à tous les problèmes la remise de toute activité entre les mains d'entrepreneurs privés. Les Partis traditionnels privatisent à petit feu la santé par son sous-financement ; ils veulent faire de la santé et de la maladie humaine des objets de commerce ; de même, ils font de l'éducation progressivement une business en refusant de la financer adéquatement ; les Chaires universitaires financées par la business orientent leurs recherches vers les finalités des compagnies, les bien nantis se paient les écoles privées et demandent des réductions des impôts qui financent le public ; phénomène corrélé et représentatif, on a noté que les institutions d'enseignement sous-financées invitent coke, pepsi, et cie à venir établir des monopoles dans les murs des écoles ; bientôt McDonald distribuera le matériel pédagogique.

Les Nouveau Messagex bérets blancs sonnent à nos portes.

Dernièrement, certaines personnes nous ont alertés à l'effet que les banquiers et les affairistes ploguent leur publicité, leurs produits, jusqu'à des autos sur les scènes de théâtres, quand ils ne siègent pas carrément aux conseils d'administration des institutions sous-financées pour imposer leur esthétique de broche à foin, quand ce n'est pas pour censurer en douce les uvres trop " subversives "; les producteurs privés censurent indirectement les uvres des artistes en fonction de leur critère de rentabilité.

Le PQ privatise sournoisement Hydro-Québec sans mandat (10); il réduit l'aide aux démunis et viole la justice sociale au point que l'ONU met le gouvernement en demeure de changer les choses (11); les politiciens précipitent les jeunes dans les cul-de-sac des programmes d'emplois sous-financés et bidons (12); ils financent avec l'argent du peuple une croissance économique qui ne bénéficient plus qu'aux riches, qu'à une aristocratie du capital (les 10% ci-haut).

Une chance qu'on les a pour nous indiquer la voie du salut.

Le PQ tout comme les libéraux, déréglementent la protection de l'environnement ou réduisent les organismes publics à l'impuissance (13) et ont laissé des affairistes ériger des centrales électriques sur les rivières, au point que ceux-ci sont scandalisés lorsque l'on fait appliquer ce qui reste de lois sur les consultations publiques (14) ; on les laisse raser les forêts, allant même jusqu'à nommer des centimillionnaires comme Jean Coutu à la tête de la réflexion sur l'avenir de notre société (il s'est battu à mort pour continuer de vendre des cigarettes dans ses pharmacies) et des affairistes comme Bernard Lemaire de Cascades, constructeur de barrages, à la présidence d'un comité de déréglementation (15). Il a conclu que le développement du Québec ne devait pas être arrêté par quelques anguilles.

Dominique, nique nique répétait tout simplement

Le dernier gourou convoqué par le PQ, Yvon Cyrenne, un comptable au point de vue archi-réductionniste qui siège sur une commission s'interrogeant sur les finances publiques, qui déblatère gratuitement sur l'État et ses travailleurs, qui vante la fiscalité américaine en cachant ses effets pervers, ses 40 millions de pauvres et ses 40 millions incapables de se payer d'assurance-santé. Il appelle à la privatisation à gogo comme une panacée, il recommande le versement d'argent public à la construction de stades de baseball pour accueillir les millionnaires frappeurs de balles pendant qu'on manque dramatiquement de logements sociaux, (en 1996, 43% des ménages locataires consacraient 30% ou plus de leur revenu brut au loyer, 23% des ménages plus de 50%), il joue les bonhommes sept heures avec l'exode des cerveaux malgré qu'on n'ait pas de données fiables à ce sujet, etc. Il défonce des portes ouvertes en ne faisant que répéter le discours banal de la droite. Ce discours qu'on attribuait il y a quelques années à des républicains du fin fonds du Texas est en train de devenir le discours officiel au Québec. Ailleurs on laisserait ce Cyrenne moisir dans son insignifiance ; c'est un comptable d'un grand cabinet qui veut plaire à ses clients, aux affairistes, ce n'est pas un prophète, il tourne en rond sur sa petite patinoire comptable en fonction d'intérêts strictement individuels. Ici on l'invite à Radio-Canada

Destin des sectes ; l'autodestruction.

Quel est l'ordre du jour ? Installer l'ultralibéralisme, imiter les États-Unis ? Le PQ comme tous les partis, se livre à un affaiblissement de l'État, de nos moyens collectifs d'action et de nos finalités collectives. Si notre État " indépendant " doit devenir un État minimal, une grosse agence Pinkerton vouée au respect intégral de la propriété privée illimitée, à quoi cela peut-il bien servir ? Les hommes d'État du Québec se transforment en micropoliticiens penchant au gré des lobbies des compagnies. Le PQ ne parle plus d'indépendance que par opportunisme électoral, comme sujet de conversation pour combler le vide politique. Son seul discours en est un de justification de recul de l'État. Les moumounes péquistes se plaignaient du fait que des policiers sont venus protester l'arme à la ceinture à leur petit exercice masturbatoire, leur conseil national; la vraie violence ce sont eux qui la pratiquent en construisant une société qui ne prend plus en charge les effets pervers de son mode de collaboration, qui abolit progressivement les recours de ses citoyens en difficulté, qui fait progressivement de l'éducation et de la santé des citoyens l'objet d'une business privée destinée à enrichir une minorité. Une telle société est décadente. La secte nous serine que seul le marché laissé à lui-même entraîne le monde dans la bonne direction. Quand il n'y a plus d'extériorité, plus de discours d'opposition, la bêtise peut aller très loin, on l'a constaté souvent.

1- STANDFORD, Jim, " Vast majority of shares held by élite on well-off families ", The CCPA Monitor, sept 99, vo. 6 no. 4, p. 15
2- Exemples : Une grève de trop, 17 juin 1999 : Anatomie d'une grève stupide, 24 juillet 1999, Déficit québécois, la lutte inachevée 21 mars 1998, Une grève de droite, 1er sept. 1999, etc. etc. etc.
3- Exemples : Les faux seuils de pauvreté, 25 oct 1997 : Autre négation de la pauvreté Le Québec est-il si pauvre qu'on le dit ? 256sept 1999 : Un régime fiscal fou, fou, fou, 15 avril 1999, L'hypocrisie des cartes de compétences 8 avril 1999, etc., etc. Les deux compères de la Presse à Desmarais font métier à plein temps de déblatérer contre les syndicats, contre l'État, contre les impôts, contre les bénéficiaires de l'aide sociale, contre les fonctionnaires, tout en faisant l'apologie des entrepreneurs, du capitalisme, du marché, de l'Ontario, des États-Unis, etc.
4- " Pour une baisse radicale des impôts, c'est de que prône l'économiste en chef de la Banque Nationale (Dominique Vachon) ", La Presse, 27 février 1999.
5- " Le Conseil du patronat du Québec réclame 4,5 milliards d'impôts ", Le Devoir, 6 août 1999.
6- Le jour de la libération fiscale est arrivé 24 heures plus tôt, Le Devoir, 22 juil 1999. Cet institut financé par son membership de banques et de compagnies nous sert à chaque année le même sophisme voulant que les québécois commencent à travailler pour eux-mêmes le 6 juillet : avant ils ont payés des impôts et taxes, ils ne travaillaient donc pas pour eux-mêmes comme s'ils ne recevaient aucun service de l'État en échange de l'impôt.
7- " Il faut s'adapter ! " C'est une necessité ", lance Bouchard en ouvrant le Sommet ", Le Devoir, 30 octobre 1996. " Le coût des programmes sociaux, Bouchard veut aligner le Québec sur l'Ontario et les États-Unis, Le Devoir, 9 mars 1996.
8- Les prêteurs, Ce sont les agences de crédit et les prêteurs au gouvernement qui lui dictent sa politique fiscale et budgétaire, a reconnu hier Bernard Landry. " Le Journal de Montréal, 29 octobre 1997.
9- TISON, Marie, " 2,9 millions versés à trois entreprises, Québec continue d'appuyer les centres d'appels ", Le Devoir, 21 sept. 1999.
10- BRETON, Gaétan, BLAIN, Jean-François, Les mauvais coûts d'Hydro-Québec, Éditions Nota Bene, 1999.
11- Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l'ONU, Pauvreté et respect des droits : Le Canada et le Québec au banc des accusés, mars 1999. Voir la réaction " Louise Harel accueille fraîchement le rapport d'un comité de l'ONU ", Le Devoir, 8 déc. 1998.
12- BERGER, François, " Au tour des fonctionnaires de goûter aux compressions d'Emploi-Québec ". La Presse, 24 sept. 1999.
13- LACHARITÉ, Manon, MICHAUD, Éric, " Hydro-Québec, La Régie de l'énergie paralysée, la valse-hésitation du gouvernement risque de confiner l'organisme à un simple rôle d'observation et de sanctionnement a posteriori. " Le Devoir, 22 sept. 1999.
14- BISSON, Bruno, " Bégin révoque le permis de Boralex, la construction d'une petite centrale sur la Batiscan fera l'objet d'un nouvel examen ", La Presse, 24 sept. 1999.
15- FRANCOEUR, Louis-Gilles, Environnement, " Bisbille sur fond de déréglementation. ", Le Devoir, 1er mars 1998. De même à Montréal GRUDA, Agnès, " Danse avec les promoteurs ", Le Devoir, 18 mars 1999.


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