Les conditions de vie des enfants continuent de se détériorer
Gilles
Toupin
La Presse
Ottawa
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Rien ne va plus du côté des enfants au Canada: trop d'entre eux
demeurent pauvres, connaissent les affres de la faim et leur condition générale,
au lieu d'aller en s'améliorant, s'aggrave à une vitesse vertigineuse
malgré la reprise de l'économie et la résolution votée à la Chambre
des Communes en 1989 d'éradiquer la pauvreté des enfants au pays avant
l'an 2000.
La
parution aujourd'hui du sixième rapport du Conseil canadien de développement
social (CCDS), un organisme national à but non lucratif et respecté pour
sa rigueur, trace un triste bilan de la situation des familles au pays. Le
document, intitulé Le Progrès des enfants au Canada 2002, et dont
La Presse a obtenu copie, révèle en effet qu'environ 75 000
familles avec des enfants de moins de 12 ans n'ont pas eu assez à manger
en 1996, dernière année où les données sont disponibles, soit une
augmentation de 33% par rapport à 1994.
Depuis ce fameux jour de 1989 où la Chambre des communes a promis de
s'attaquer une fois pour toutes à la pauvreté des enfants, celle-ci est
passée de 15,2% à 18,5%. Ce taux indique combien d'enfants vivent dans
la pauvreté par rapport à l'ensemble des 10 millions d'enfants du
Canada. Au Québec seulement, indique le rapport, le taux de pauvreté des
enfants est passé de 16,3% qu'il était en 1989 à 21,3% en 1993 et à
21,6% en 1999.
Et rien ne semble indiquer que la situation est sur le point de s'améliorer.
Le CCDS souligne d'ailleurs que l'Association canadienne des banques
alimentaires a publié un rapport le mois dernier qui montre une
augmentation de 12,5% dans le recours aux banques alimentaires du Canada
depuis 1996. Cela signifie que plus de 300 000 enfants ont eu recours en
mars 2002 à des aliments distribués, représentant près de la moitié
de tous les récipiendaires des banques alimentaires.
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«Le
rapport de cette année du Progrès des enfants, peut-on lire dans
l'introduction du document, apporte des preuves irréfutables et
croissantes qu'il y a des groupes d'enfants qui sont de plus en plus
exclus d'une pleine participation à la société canadienne.»
Non seulement le taux de pauvreté chez les enfants demeure de façon
persistante extrêmement élevé, mais «les enfants pauvres sont très
pauvres -la profondeur de pauvreté a peu changé au cours des dix dernières
années, restant à près de 9000$ sous le seuil de la pauvreté. En fait,
la profondeur de la pauvreté pour les enfants les plus pauvres au Canada
-ceux dont les parents sont à l'assistance sociale- a bel et bien augmenté.»
Et, ce qui est très inquiétant, l'écart entre les familles riches et
pauvres ne fait que s'approfondir.
Ce sont évidemment les familles monoparentales qui sont les plus affectées
par cette détérioration des conditions de vie des enfants canadiens. «En
1999, indique le rapport, presque tous les enfants de familles
monoparentales dirigées par des femmes sans rémunération vivaient dans
la pauvreté. Pourquoi? Parce que les prestations d'aide sociale de toutes
les provinces sont bien en dessous du seuil de pauvreté.» Et même pour
les familles biparentales avec un seul soutien économique, la situation
s'est nettement détériorée de 1989 à 1999, puisque le taux de pauvreté
de ces enfants est passé de 19,4% à 26,8%.
Du côté de l'écart entre les familles riches et les familles pauvres, là
aussi les disparités sont criantes. «En 1999, rappelle le CCDS, les
familles appartenant à la tranche de 10% des familles les plus riches
possédaient 56% de la totalité de la richesse des familles, une hausse
par rapport à 52% en 1984.
«Malgré la relance économique du milieu à la fin des années 1990,
beaucoup trop de familles canadiennes et leurs enfants s'en sortent à
peine et vivent à la limite du désastre économique, affirme Louise
Hanvey, chercheuse au CCDS et auteure du rapport. Le fait qu'autant
d'enfants vont à l'école le ventre vide n'est pas la réalité à
laquelle on pourrait s'attendre dans un pays du G7 comme le Canada, qui
est régulièrement placé parmi les meilleurs pays pour vivre dans le
monde.»
Le rapport se penche longuement aussi sur les problèmes d'inclusion
sociale qui sont la conséquence de l'extrême pauvreté de ces familles
dont les avoirs ont chuté de 51% de 1984 à 1999. Il fait ressortir,
chiffres à l'appui, les répercussions négatives de cette pauvreté sur
le rendement scolaire, sur le taux des dépressions parentales, sur celui
des familles dysfonctionnelles. La difficulté généralisée d'accéder
au logement, pour ces familles, et l'absence de ressources communau-taires
contribuent également au recul de la santé physique et à celui du bien-être
général des enfants.
«Ce qui est particulièrement inquiétant, c'est l'érosion continue de
nos programmes de soutien ou de l'infrastructure sociale sur laquelle les
familles à faible revenu avaient l'habitude de compter, commente Marcel
Lauzière, le président du CCDS. Exactement comme notre infrastructure
matérielle, nos ponts et nos routes, sont en train de s'effondrer, il en
va de même pour les piliers principaux de notre infrastructure sociale
qui sont essentiels pour que les enfants pauvres aient une véritable
qualité de vie.»